Herman BRAUN-VEGA
Artiste peintre (1933-2019)
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Miroir de l'art #102

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La CHRONIQUE HOMMAGE
DE CHRISTIAN NOORBERGEN

Herman Braun-Vega
Fenêtres d’art, d’âme et de vie

Miroir de l'art #102, aôut 2019

Herman Braun-Vega
Herman Braun-Vega
© Eric Braun

Herman Braun-Vega est né à Lima au Pérou en 1933. La grande maison paternelle est emplie de reproductions d’art (éditions Braun…) accrochées les unes à côté des autres, et de même format. Toute l’histoire de l’art s’y trouve ! Mais un jour (il a 14 ans !), il “voit“ enfin, comme pour la première fois, et dans sa propre chambre, une repro de Matisse qui semblait le narguer depuis sa naissance. Choc si violent “que je me rappelle cet instant. Je crois que ce jour-là, je suis devenu peintre“. Il se peut que la chaude chromatique d’Herman Braun-Vega, qui hante toute sa peinture, vienne de ce choc inaugural, tant la palette solaire de Matisse est proche de la sienne. Ce fut toutefois l’influence de Cézanne qui fut prépondérante, quand il intègre à 17 ans l’école des Beaux-Arts de Lima. Son frère aîné Max, peintre également “qui influença toute une génération d’artistes“, lui montre la voie. Mais il meurt précocement à 33 ans.

La particularité culturelle majeure du Pérou est le métissage dû à l’implantation d’humains venus de tous les continents. Le père d’Herman, juif, est né en Hongrie, et sa mère est péruvienne. Le métissage géographique et temporel entre les cultures du monde d’hier et d’aujourd’hui est une clef essentielle pour saisir toute la richesse de son œuvre.

Max s’installe à Paris en 1951, Herman le suit. Le poète Jean Sénac (assassiné en Algérie en 1073) le présente à des amis peintres. Herman vit dans le même hôtel que Poliakoff. Il ne s’inscrit pas dans une école d’art, vit quasiment dans les musées, et peint à l’hôtel… Son fils Eric, qui fait vivre l’œuvre de son père après sa disparition, le 2 avril 2019, naît en 1952. Pour vivre, Herman revient à Lima comme designer, et cesse de peindre durant 8 ans. Il revient finalement en France, et définitivement en 1967. La peinture est devenue son essentiel. Second choc de sa vie, à Barcelone, au Musée Picasso, où la déstructuration du maître catalan lui montre sa voie. De retour à Paris, Herman devient Herman Braun-Vega. “J’ai décidé d’interroger les artistes du passé dans le but de m’enrichir sur les plans formels et conceptuels“. Depuis quelques décennies, je travaille sur la mémoire du spectateur à trois niveaux : la mémoire individuelle, la sociale et l’historique“.

Un terrain de parcours communautaire

Pour Herman Braun-Vega, l’histoire de l’art est un paysage d’âme et de vie, un autoportrait infiniment démultiplié, un formidable parcours d’art et d’amitié où il convoque ses copains de génie disparus, de Velasquez à Picasso, et ses compagnons de création d’aujourd’hui, d’Arroyo à Dewasne. Ainsi chaque peinture ouvre les portes et les fenêtres du temps. Le sublime passé fait acte de pure présence au sein même de sa propre peinture, avec humour, tendresse et sensualité picturale. Respect et impertinence mêlés. Il donne à mieux voir le corps et les corps dans la peinture et par la peinture. La nudité, joliment présente un peu partout, et gentiment transgressive, ludique et lyrique, se moque des non-dits de l’art. Fabuleux corps peints, vêtus d’espace et de pigments chauds. Et de nombreux portraits décalés de ses amis, de Velickovic à Jean-Luc Chalumeau.

Mémoire (Bacon d'après Montgomery)
Mémoire (Velazquez, Picasso, Bacon), 2007
Autoportrait 1970
Autoportrait, 60 × 60 cm, 1970

Formidable mise à nu du corps narcissique, quand Herman Braun Vega prend d’admirables distances avec les surfaces de l’ego. Il plonge au profond de l’acte créatif, en faisant vive mémoire de ce qui l’a construit. On le voit parfois vivre au présent dans l’image renouvelée d’une œuvre disparue. La peinture vue n’existe qu’ici et maintenant. Elle devient le fabuleux décor d’un théâtre intemporel aux acteurs prodigieux. On le voit parfois lui, on voit les siens, on voit ses amis, peintres d’abord, mais aussi comédiens ou écrivains.
La peinture pour Herman Braun-Vega est un terrain de parcours communautaire, un lieu-miroir fait de rencontres inattendues, hétérogènes, voire érotiques. Elle est pur dialogue sans fin et sans frontière. Elle traverse les époques. Son art fait passage. Seuil d’humanité partagée… Mais l’artiste n’est jamais prisonnier du passé.

L’ironie latente de l’artiste et sa manière osée de s’approprier des éléments clés d’œuvres majeures, tout cela s’attaque au sérieux installé de l’histoire de l’art, et la rend proche, conviviale et ouverte. Si l’intime n’existe guère dans les musées, il est omniprésent dans les peintures d’Herman Braun-Vega. Il assure une forme de véracité existentielle, de lien, voire d’unité. Les références choisies, à la fois universelles et privées, très repérables ou discrètes, oxygènent le présent. Elles le rendent habitable. Sans l’art, l’univers est vide. Sans création parallèle et personnelle, l’homme se vide.

La chromatique solaire, sensuelle et plurielle d’Herman Braun-Vega est totalement sienne. Il enchante l’étendue. Son art respire à hauteur des plus grands.





Auteur
Christian Noorbergen
Créée le
Lundi 5 Août 2019
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