Herman BRAUN-VEGA
Artiste peintre (1933-2019)
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1970 La Galerie des Arts

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HERMAN BRAUN

"Pour l'amour de l'art"

Par Xavière GAETAN, La Galerie des Arts, 15 mai 1970.

Braun-Vega - Picasso dans un déjeuner sur l'herbe
Picasso dans un déjeuner sur l'herbe d'après Manet

L'exposition d'Herman Braun, particulièrement frappante, s'organise autour de la personnalité de Picasso. Déjà, la peinture de Braun est remarquable: elle est enlevée, rapide; l'importance de couleurs dures, la lourdeur, la crudité ne laissent pas de paraître douces, légères, voilées. Le visage de Picasso est proche, humain, en même temps que génialement imposant. Mais le plus intéressant, c'est que Braun ait repris Le déjeuner sur l'herbe de Manet et les Ménines de Vélasquez, par un chemin dont Picasso est le terme médian. Dans un mouvement d'ironie et d'humour, le nu du Déjeuner est renversé sur les pommes et Picasso épais et boulot, se précipite gauchement; son visage blanc, lunaire, est effrayant. Ou bien, Picasso, sorte de nain tentateur et vicieux, vieux et angoissant, offre la pomme à la femme dont la tête s'avance et se recule (elle est deux fois dessinée) d'un air sot et inquiet. Ou bien Vélasquez peint, entièrement nu et Picasso étend dans l'herbe son corps "rose bonbon". Dans tous ces tableaux, une sorte d'atroce volupté, d'obscénité se dégage, mais dans le visage des amants, souriant bizarrement, le regard semble fixer au-delà, quelque chose comme la mort.

Et bien sûr, ce n'est pas seulement le modèle qui est renversé et bousculé, c'est l'œuvre d'art elle-même, dans sa conception classique, qui risque de se trouver violée. Ainsi, sur une toile de Braun, peuvent apparaître: la toile de Picasso réalisée, donc reproduite ou copiée; le modèle, qui se balance dans sa chaise longue; enfin Picasso lui-même, remuant son pinceau d'un geste brusque et large, scrutant avec attention son modèle, cherchant et composant en pensée le tableau qui est donc déjà peint devant lui. Ainsi le chemin de la création artistique est-il entièrement représenté mais comme à rebours, inversé, il est replié mais en marche arrière, il est décrit en trois temps qui sont trois centres de l'espace de la toile. Ainsi l'hommage, plein d'amour, rendu à Picasso est-il sans doute en même temps une mise en question de l'art lui-même.

(Galerie 9, jusqu'au 30 mai)

Xavière GAETAN

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Xavière GAETAN
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